Finnova : passage de témoin en septembre prochain



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Charlie Matter (à droite), patron historique de Finnova AG, l’un des spécialistes reconnus des systèmes bancaires en Suisse, passe le témoin à Henrik Lang (à gauche). Tous deux jettent un regard en arrière et parlent de l’avenir.

Nous sommes en janvier 1999: lorsque Charlie Matter reprend la direction de Finis AG für Bankensoftware, l’avenir est incertain. Finis doit développer une toute nouvelle solution bancaire de base pour permettre une coopération entre trois banques cantonales, trois banques privées et une banque régionale. L’opération réussit, Finis assure le développement de la nouvelle solution et Charlie Matter devient l’une des figures historiques de l’industrie informatique suisse. Entre temps, Finis est devenue Finnova, et la petite coopération entre petites banques a donné naissance à un acteur important sur le marché suisse des solutions bancaires. Charlie Matter confiera la gestion de Finnova à Hendrik Lang début septembre 2018. Que va-t-il se passer pour le fabricant de logiciels de Lenzburg ? Les solutions bancaires de base telles qu’on les a connues ne sont plus pertinentes. Les conseils d’administration des banques parlent aujourd’hui blockchain, fintech et big data, plus de telle ou telle solution bancaire de base.

Monsieur Matter, n’êtes-vous pas en train de quitter un navire en perdition?

Charlie Matter: Pas du tout. Les systèmes bancaires de base fonctionnent tous aujourd’hui et ne sont donc plus un problème pour les membres des conseils d’administration, ni en termes d’investissements, ni en termes de réputation, de stabilité ou de réglementation.

Ils fonctionnent la plupart du temps…

Charlie Matter: (rires) Il y a aujourd’hui des problèmes liés aux solutions bancaires de base qui intéressent certainement les membres des conseils d’administration des banques : par exemple, la digitalisation où les systèmes du front-office doivent être intégrés aux systèmes centraux. Les nouvelles fonctions ont souvent un impact sur le système bancaire central. Il peut ainsi devenir nécessaire de stocker de nouvelles informations complémentaires.

Hendrik Lang: Un système bancaire de base continuera d’avoir sa raison d’être. Il faudrait de nombreuses années pour cartographier toutes les informations et les réglementations d’une solution bancaire dans une blockchain, pour autant que cela soit possible. Certains conseils d’administration de banques s’intéressent encore aujourd’hui aux systèmes bancaires de base. Il y a du mouvement sur le marché des banques privées et nous avons pu conquérir de nouveaux clients. Il y a aussi de nouvelles évaluations sur le marché suisse.

Charlie Matter, vous êtes le manager de PME suisse classique, qui connaît son métier, n’a pas toujours la langue dans sa poche et a des positions très carrées. Monsieur Lang, vous avez de votre côté un parcours au sein d’entreprises multinationales anglo-saxonnes. Finnova va-t-elle « s’américaniser » ou se « germaniser »?

Hendrik Lang: Je suis en Suisse depuis plus de 20 ans et ma clientèle en tant que conseiller en gestion provenait du secteur bancaire cantonal. J’ai toujours eu une grande affinité avec nos clients actuels. Les relations sont importantes pour moi et elles sont plus simples à établir avec les petites entreprises. Quand je suis arrivé chez Finnova, je cherchais consciemment un moyen de me développer en dehors du monde des affaires anglo-saxon, davantage en tant qu’entrepreneur afin d’inspirer non seulement un domaine, mais toute une entreprise. Charlie Matter et moi sommes différents, mais nous avons des valeurs très similaires. Il y aura des changements, mais Finnova ne deviendra certainement pas anglo-saxonne, pas même « germanique ». Je n’ai vécu en Allemagne que durant six ans. Je suis suisse et je me sens suisse. Les valeurs que Finnova représente sont également extrêmement importantes pour moi.

Charlie Matter: Nos valeurs communes parlent en faveur de la continuité. Mais il y aura aussi des changements. Ils seront importants et nécessaires. Il est essentiel de pouvoir lâcher prise, car chaque entreprise a besoin sans cesse de nouvelles impulsions.

Vous êtes à la tête de Finnova depuis 1999. Beaucoup de choses ont changé dans le secteur bancaire en 20 ans. Quel a été votre plus grand succès et votre principal échec?

Charlie Matter: Il y a eu deux décisions importantes. La première, c’est quand nous avons pu élargir les fonctionnalités du logiciel et faire du produit Finnova ce qu’il est aujourd’hui. Le fait que nous ayons pu gagner les banques Säntis en tant que nouveaux clients en 2004 a été décisif. C’était un moment riche en émotions, parce qu’il s’agissait d’une question existentielle. Notre plus grande réussite, cependant, c’est la croissance que nous avons réalisée par la suite. Avoir pu accompagner et façonner une telle croissance est aussi une grande satisfaction personnelle. A mes yeux, le second succès important est d’avoir réussi à attirer un nouvel actionnaire. Dans le passé, nos propriétaires étaient nos clients, mais avec l’entrée de MSG Systems, c’est un investisseur commercial qui nous a rejoint.

Et quel a été le principal échec? L’expansion ratée à l’étranger?

Charlie Matter: Développer Finnova à l’international était un grand espoir et une tentative. Cela n’a pas marché, mais ce n’est pas un désastre. Parce que nous avons investi de l’argent et parce que nous nous sommes rendu compte que nous avions tenté de nous développer à l’étranger au mauvais moment. Nous avons alors décidé de nous concentrer sur le marché suisse.

Hendrik Lang: Je n’appellerais pas échecs nos tentatives d’établir Finnova à l’étranger. Nous étions sur le point de conclure des alliances, sur divers marchés. Mais nous avons aussi vu les besoins très importants de nos clients suisses existants et nous avons décidé de nous concentrer sur ce point.

Vous n’avez jamais perdu un client?

Charlie Matter : Seulement par le biais de fusions. Mais même ces clients sont restés. En 2002, lorsque Darier Hentsch et Lombard Odier ont fusionné, les choses sont devenues délicates pour nous. Mais aujourd’hui, nous avons une centaine de banques clientes, un chiffre qui parle de lui-même !

Parlons de l’avenir. Le marché des banques de détail est fragmenté et Finnova a au moins partiellement atteint ses objectifs dans le secteur des banques privées. Tout le monde parle de la Blockchain Valley et plus personne des éditeurs de logiciels. Quel est l’avenir d’un éditeur de système bancaire centralisé sur un marché aussi saturé, Monsieur Lang?

Hendrik Lang: Nous sommes toujours sur la voie de la croissance. D’une part, nous pouvons grandir avec les clients existants en lançant de nouveaux produits sur le marché. L’ouverture des activités bancaires est un sujet important. Notre département de services continuera également à croître de manière significative et à devenir un pilier rentable.

Il n’est pas question de BPO, n’est-ce pas?

Hendrik Lang: Non. Nous laissons délibérément cela à nos partenaires Swisscom, Incore et Financial Logistics. En collaboration avec eux, nous avons attiré des banques privées en tant que nouveaux clients. D’une manière générale, je ne dirais pas que le marché des banques privées n’est pas intéressant. Il y a encore pas mal de petites et de grandes banques privées qui pourraient bien s’intégrer dans notre communauté. Un troisième domaine de croissance est celui des solutions SaaS pour les institutions financières au sens large. Nous sommes en discussion avec différents acteurs tels que des fonds de pension, des gestionnaires d’hypothèques, des compagnies d’assurance ou des places de marchés.

Le quatrième domaine de croissance est celui des nouvelles technologies. Nous avons une société mère, MSG Systems, et un partenaire stratégique, Swisscom. Tous deux disposent d’un grand savoir-faire dans le domaine de la blockchain. Nous travaillons actuellement sur des preuves de concept dans le domaine des cryptomonnaies, et nous nous penchons attentivement sur les nouveaux modèles d’affaires, telles que les places de marché ou les services bancaires aux entreprises.

Finnova peut-elle aussi grandir avec des produits complètement nouveaux?

Hendrik Lang: Jusqu’à présent, le sujet de l’analyse des données n’était pas très important pour nous. Aujourd’hui, la gestion du produit dispose d’un domaine d’analyse avec un premier produit, le Finnova Analytical Framework. Ce produit peut être utilisé très largement, par exemple pour la gestion des risques, la détection des fraudes ou les ventes croisées. Il a d’ailleurs remporté le Swiss Innovation Award fin 2016. Avec des produits innovants, nous pouvons intéresser nos clients existants et en conquérir de nouveaux.

La dernière question s’adresse à Charlie Matter. Quels sont vos projets?

Charlie Matter: J’ai des projets privés, en Suisse comme à l’étranger. Mais je ne veux pas en parler avant qu’ils soient plus précis.

 

Photo et propos recueillis par Christoph Hugenschmidt (magazine inside-it.ch)

 

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