Le Pape François et la finance

Au cours des dernières années, certains des commentateurs les plus importants sur les questions de commerce n’ont pas été choisis parmi l’élite du monde des affaires, mais plutôt parmi les échelons supérieurs des églises chrétiennes.

Oeconomicae et pecuniariae quaestiones du pape François est un document qui suscite la réflexion, quoique moins pénétrable que l’œuvre plus vaste de Justin Welby. Son passé dans les affaires aide l’archevêque à s’entendre plus facilement avec les lecteurs financiers. Cela dit, le Pape François pose beaucoup de questions sur notre profession – beaucoup de questions auxquelles nous répondons, certaines auxquelles nous ne répondons pas. Mais il s’agit d’une voix qui est de plus en plus écoutée par le monde profane aussi bien que par le monde spirituel – et qui influence de plus en plus le débat des affaires. Même si nous ne sommes pas d’accord avec certaines de ses conclusions, nous serions bien avisés d’écouter.

L’année dernière, Justin Welby, archevêque de Canterbury, a publié son premier livre, Dethroning Mammon : Making Money Serve Grace. Il présente ses réflexions sur l’argent et le matérialisme, en prenant la Passion du Christ comme toile de fond. Il s’agit d’un livre qui suscite la réflexion et dont l’autorité est sans doute renforcée par le fait qu’il a été écrit par un archevêque qui avait été trésorier d’une compagnie pétrolière mondiale plus tôt dans sa vie.

Cette année, le livre de l’archevêque sur la finance a été accompagné d’un article sur le même sujet du pape François intitulé Oeconomicae et pecuniariae quaestiones (ou, en français, « Economie et questions financières »). C’est une lecture intéressante (heureusement, seul le titre est en latin !), bien que moins accessible et – pour des raisons évidentes – moins bien informée sur les affaires et la finance. Comme le livre de l’archevêque Welby, le document s’oppose aux iniquités de nombreux éléments du système financier mondial, mais il est moins favorable (ou peut-être moins informé) à certains des progrès réalisés en matière de gouvernance et d’éthique depuis la crise financière.

L’article admet, à contrecœur, que « le bien-être économique mondial semble avoir augmenté dans la seconde moitié du XXe siècle ». Mais il note également une augmentation des inégalités et des niveaux inacceptables de pauvreté. L’archevêque Welby l’avait également noté, mais avait reconnu que – bien qu’il y ait beaucoup de problèmes avec le système financier – cela a permis de sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté, une transformation de la santé mondiale et un monde plus sûr. Mais tous deux étaient d’accord sur un point : « L’argent doit servir, pas gouverner ».

Un devoir plus large

Pour le pape François, les affaires ont un devoir plus large que celui d’actionnaire. Il utilise le terme maintenant douteux (et quelque peu vague) de « parties prenantes » pour englober un groupe plus large envers lequel le secteur des entreprises a un devoir. Plus précisément, il énumère ici les consommateurs et les communautés. C’est un point de vue avec lequel de nombreuses entreprises et de nombreux actionnaires (y compris nous-mêmes) seraient d’accord.

Le document appelle également à « des politiques et des perspectives durables bien au-delà du court terme ». Cela concorde avec les écrits du professeur John Kay dans son Review of UK equity markets and long-term decision-making. Le professeur Kay partage l’inquiétude des clercs quant à l’ampleur des services financiers en général et des services bancaires en particulier.

Les trois auteurs considèrent qu’une grande partie de l’activité dans certains secteurs de l’industrie financière est improductive. Le document du pape François est assez spécifique dans sa critique, se concentrant sur la titrisation et les swaps de défaut de crédit et sur les produits dérivés en général. Il s’inquiète de la complexité de nombreux produits fournis par l’industrie des services financiers – et croit fermement que les fournisseurs de ces produits complexes ne peuvent pas se cacher derrière l’argument de « caveat emptor » si des problèmes surgissent avec ces produits, indépendamment de la sophistication de la contrepartie.

Le pape François s’intéresse aussi à la capacité des investisseurs et des marchés d’influencer le prix de l’argent pour les pays en développement et invite le lecteur à considérer l’influence des flux de capitaux dans ces économies. Mais s’il est vrai que ces flux influencent le prix de l’argent, les taux d’intérêt que les locaux paieront et la valeur de la monnaie qu’ils détiennent, le Pape ne parvient pas à explorer pleinement les raisons pour lesquelles ces flux se produisent. Souvent, les flux sortants sont le reflet d’une mauvaise gouvernance, d’un mauvais leadership et de banques centrales non fiables.

Le pontife est très critique à l’égard du prix du crédit: « Il est clair que l’application de taux d’intérêt excessivement élevés, au-delà de la portée des emprunteurs de fonds, représente une transaction non seulement illégitime du point de vue éthique, mais aussi nuisible à la santé du système financier ». Il s’agit là aussi d’un domaine complexe, mais au moins c’est un domaine où les églises peuvent être perçues comme mettant leur argent là où elles le disent. Par exemple, l’Église d’Angleterre s’est dépossédée de ses participations dans des prêteurs sur salaire et l’Église d’Écosse a créé de petites coopératives de crédit. Mais en fin de compte, des taux d’intérêt élevés reflètent également des taux de défaut élevés – ce qui a toujours été l’énigme. Les plus pauvres devraient-ils être exclus des sources de crédit ?

Voter avec leur porte-monnaie

Le journal se termine par une exhortation aux catholiques romains à « voter avec leur portefeuille et à voter quotidiennement sur les marchés en faveur de tout ce qui contribue au bien-être concret de chacun d’entre nous ». Le pape François parle d’un « exercice responsable de consommation et d’épargne » et de se concentrer sur les entreprises qui se comportent de manière éthique. Le caractère de plus en plus central des processus environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les stratégies d’actifs classiques (y compris les nôtres), illustre comment ce principe de l’enseignement de l’Église est suivi beaucoup plus largement. C’est peut-être parce que les consommateurs de services financiers « votent avec leur portefeuille » – mais aussi, je crois, parce que davantage de professionnels des services financiers pensent simplement que c’est la bonne chose à faire.

 

Par Richard Dunbar

Head of Macro Investment Research

Aberdeen Standard Investments

 

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