Les Suisses n’ont jamais autant investi en Europe



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Selon l’évaluation annuelle des investissements directs étrangers (FDI) en Europe d'EY, les entreprises suisses investissent plus que jamais dans les autres pays européens, alors que les investissements d’entreprises étrangères en Suisse sont en baisse.

Si la destination d’investissement préférée des Suisses est l’Allemagne, en Suisse, en revanche, les investisseurs sont principalement des groupes américains. En 2018, la Suisse peut par ailleurs s’attendre avant tout à des investissements d’entreprises de numérisation et d’infrastructures informatiques.

En 2017, le franc fort a eu un impact sensible sur les statistiques des investissements: alors que le nombre d’investissements d’entreprises suisses dans les autres pays européens a atteint, avec 326 (dix pour cent de plus qu’en 2016), un nouveau niveau record, le nombre d’investissements directs d’entreprises étrangères en Suisse a baissé de 19 pour cent pour passer à 71. Alors que les entreprises suisses ont investi de préférence dans les pays voisins comme l’Allemagne (123 investissements, douze pour cent de plus qu’en 2016) et la France (34 investissements, 83 pour cent de plus qu’en 2016), ce sont surtout des entreprises américaines (27 investissements, 42 pour cent de plus qu’en 2016) et britanniques (neuf investissements, 29 pour cent de plus qu’en 2016) qui ont investi en Suisse. Voilà ce que montre l’évaluation annuelle des investissements directs étrangers (FDI) en Europe effectuée par la société de conseil EY.

Pour Stefan Rösch-Rütsche, partenaire et responsable des Transaction Advisory Services d’EY en Suisse, «cette étude récente souligne l’importance de l’Allemagne en tant que premier partenaire commercial de la Suisse. Une tendance générale qui se reflète aussi dans la comparaison directe: si en 2017, les sociétés suisses ont à nouveau investi davantage en Allemagne, les investissements des entreprises allemandes en Suisse ont très fortement reculé». Il ajoute que «les chiffres reflètent aussi le rôle important que joue l’Europe dans son ensemble en tant que partenaire économique: la Suisse est devenu le sixième investisseur en Europe, après les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et le Japon».

La baisse des investissements directs en Suisse s'explique, selon Daniel Gentsch, responsable Tax & Legal chez EY en Suisse, «non seulement par la force du franc suisse, mais aussi par l’économie bien établie, le taux de chômage faible et le niveau élevé des salaires. Du point de vue des taux de croissance à court terme, la Suisse est certes limitée, mais cela ne l’empêche pas d’être à l’avant-garde dans les nouveaux secteurs commerciaux comme l’automatisation et l’amélioration du rendement, communément appelés «Industrie 4.0». Pour attirer les entreprises du domaine de la numérisation et de l’infrastructure informatique, il faudrait toutefois des projets de loi susceptibles de réunir une majorité.»

Les entreprises britanniques investissent dans le lieu d'investissement «Europe»

Dans l’espace européen élargi, qui regroupe au total 50 Etats selon l'évaluation actuelle de EY, environ 6500 investissements directs ayant généré plus de 350 000 emplois ont été réalisés en 2017. L’augmentation des investissements de sept pour cent par rapport à 2016 montre un ralentissement général de la croissance des investissements en Europe. Fait surprenant toutefois, le nombre d’investissements d’entreprises britanniques en Europe a augmenté de 35 pour cent pour atteindre 464, un chiffre sans précédent. Selon Rösch-Rütsche, «pour les entreprises britanniques, qui ont besoin d’un accès durable à l’Europe, le Brexit est une menace réelle. L’issue incertaine des négociations actuelles entre la Grande-Bretagne et l’UE pousse aujourd’hui de nombreuses entreprises britanniques à créer ou à développer de nouveaux sites en Europe».

Si l’on examine les pays ayant profité d'investissements directs en Europe, on constate que la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque en particulier connaissent à présent, après des années de forte croissance, des coûts de main-d'œuvre élevés et des pénuries de compétences. «En conséquence, c’est plus au sud et plus à l’est que les investisseurs recherchent des opportunités d’investissement: en 2017, plus de 500 investissements ont été réalisés en Russie, en Serbie et en Turquie, générant plus de 58 000 emplois», explique Stefan Rösch-Rütsche.

La numérisation et l'infrastructure informatique sont des atouts

En 2017, 31 pour cent des investissements ont été réalisés (et 31 000 emplois créés) dans le secteur de la numérisation et de l’infrastructure informatique; en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne respectivement, ce pourcentage dépassait même les 50 pour cent. Rösch-Rütsche perçoit des perspectives positives pour la Suisse, ainsi «en Suisse, ce sont Zurich et Zoug qui se sont transformées en centres suisses de numérisation. Il est donc tout à fait légitime d’espérer en 2018 quelques investissement d’entreprises étrangères actives dans ce secteur».

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